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La lutte contre les zones blanches6 minutes de lecture

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Il existe encore en France aujourd’hui des communes où il est impossible de téléphoner. Les habitants de ces municipalités ne peuvent pas non plus recevoir des messages et encore moins accéder à internet. Dans un arrêté du 5 mai 2017, 500 communes ont été recensées par le gouvernement sous le nom de « zones blanches ».

L’enfer des zones blanches

Elles s’ajoutent à 238 autres communes, repérées dès 2016 par les pouvoirs publics, totalisant 738 communes, dans leur immense majorité de très petites communes, non couvertes par un opérateur mobile. Pour réellement comprendre l’ampleur du problème, il convient cependant aussi de noter que plus de 4000 communes françaises ne sont que « très mal couvertes ». Ces communes se distribuent inégalement sur le territoire. On les trouve essentiellement dans le quart nord-est de la France, près de la frontière avec le Luxembourg et l’Allemagne, dans le sud de l’Occitanie (Ariège, Aude, Pyrénées-Orientales), en Dordogne, en Bourgogne et dans la région  autour de la frontière entre le Centre et la Bretagne. D’autres régions sont en revanche presque totalement épargnées par le phénomène, comme le PACA, la Corse ou l’Île-de-France.

Quelles solutions existe-t-il pour les citoyens qui souhaitent bénéficier d’un accès à la communication mobile et à internet correct ? Certains ont pétitionné les pouvoirs publics, d’autres investissent dans des amplificateurs GSM, reconnus pour leur efficacité, et d’autres encore jettent l’éponge et déménagent. Si cette dernière solution peut paraître un tantinet radical, elle paraît souvent inévitable pour certains, notamment pour ceux qui ont besoin d’une couverture mobile correcte pour travailler. Pour certaines personnes âgées isolées également, cette solution est aussi devenue incontournable.

La couverture mobile et notamment l’accès à internet, que ce soit 2G, 3G ou 4G a en effet pris une importance telle aujourd’hui que l’existence de zones blanches constitue une inégalité grave entre territoires et citoyens de la République. Les usages que l’on peut faire aujourd’hui de l’internet mobile sont tels qu’il est presque impossible de s’en passer si l’on veut bénéficier des mêmes chances que tout le monde dans le domaine de l’emploi, de l’aide médicale ou encore de l’information.

Pour certains métiers qui nécessitent beaucoup de déplacements et une forte réactivité, comme les aides à la personne, les livraisons ou encore les infirmiers et médecins à domicile, ne pas avoir de réseau est un véritable handicap.

Il peut également être franchement dangereux de ne pas avoir de couverture mobile. Dans les « zones blanches », les populations vieillissent. Le profil démographique de ces bourgs est souvent considérablement plus âgé que la moyenne française et le taux de mortalité relativement élevé. Sans accès à un réseau mobile, les vies de nombreuses personnes âgées sont mises en péril chaque année. Les seniors, surpris par des accidents ou des crises se retrouvent immobilisés loin de leurs téléphones fixes, pourtant leurs seuls moyens d’appeler les secours. Le guidage des secours, une fois appelés, peut aussi s’avérer problématique en l’absence de couverture mobile. Les ambulanciers ne peuvent recevoir d’appel ni appeler les personnes en détresse pour les localiser avec précision.

 

Au-delà de ces cas très pratiques et parfois tragiques, ces situations crée des inégalités structurelles en termes d »accès aux pouvoirs publics, à l’aide sociale et à l’information. Pendant que les grandes métropoles et les villes moyennes dynamiques développent des applications citoyennes de plus en plus précises et interactives, permettant de faciliter les démarches administratives et l’information des citoyens, ces petites communes restent encore et toujours sur le bord de la route. La simplification de l’administration française n’en est que plus ralentie et a ses effet les plus néfastes sur les personnes se trouvant déjà dans des zones périphériques et souvent assez marginalisées. La persistance de zones blanches aggrave ainsi des inégalités déjà existantes.

 

C’est à la lumière de cette inégalité que le problème est devenu politique. Dès 2012, François Hollande a lancé le plan « France très haut débit » qui consacrait aussi un volet à l’accès à l’internet mobile et à la couverture téléphonique. En 2015, Manuel Valls, alors Premier ministre, promettait la fin des zones blanches avant la fin de l’été 2017. En 2017, seules deux des 738 communes, situées en Alsace et en Rhône-Alpes, avait reçu le pylône et le raccordement au réseau téléphonique nécessaires pour profiter d’une couverture téléphonique adéquate. Le problème, connu sous le terme notamment de « fracture numérique », utilisé notamment par le Président de la République actuel, semble bien avoir du mal à trouver des solutions du côté des pouvoirs politiques et administratifs. Souvent, les procédures d’installation du matériel s’enlisent dans une opposition entre les opérateurs mobiles, SFR/Orange en tête, et l’État, chacun s’envoyant la balle pour reconnaître la responsabilité et la prise en charge des installations. De ces bras-de-fer, il n’en est pas sorti grand-chose et certains citoyens ont décidé de prendre les choses en main face à l’immobilité des pouvoirs publics.

 

Dans les « zones grises », si l’on peut se permettre ce néologisme normalement réservé aux questions juridiques, c’est-à-dire les zones couvertes « très mal », nombreux sont ceux qui passent aux amplificateurs GSM. Ces appareils permettent de capter la couverture d’un point bien couvert (le sommet de la colline sur laquelle vous allez pour passer les appels importants, par exemple) et de le transmettre chez vous. Cette solution marche pour le réseau internet et pour le réseau téléphonique. Ces « répéteurs GSM » constituent pour l’instant la meilleure réponse face aux inégalités de connexion en France pour de nombreuses personnes, en attendant une réaction appropriée de l’État, des opérateurs mobiles et des collectivités territoriales.

 

D’autres citoyens touchés par le problème, souvent menés par leurs Maires, ont pris la cause à bras-le-corps et ont adressé des pétitions au gouvernement et aux autorités régionales. Certains passent par le site change.org, (sans ironie) d’autres préfèrent la version papier remise directement aux décideurs. La première méthode a récemment été utilisée par la petite commune de Sainte Marie (1 800 âmes), en Ile-et-Vilaine, dans l’est de la Bretagne et son Président de la Communauté des Communes du Redon, Monsieur Jean-François Mary (Divers Gauche). Si de telles initiatives n’ont pas encore produit les effets espérés, elles ont néanmoins permis d’introduire le sujet dans le débat public. Cela constitue en soi une victoire pour les habitants des zones blanches et un espoir de changement rapide.

-- Article sponsorisé

A propos de l'auteur

Clément POIRET

Créateur et rédacteur du site Science Exploits, je suis aussi passionné de science et de sport. Je pratique très régulièrement de la gymnastique et du street workout/calisthenics. Je suis ici pour combiner ma passion pour les sciences et mon envie de partager ce que je trouve de plus intéressant parmi les nombreuses études scientifiques.

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